Ça fait plus de 70 ans que la Traversée internationale du lac St‑Jean occupe une place unique dans le paysage événementiel québécois. Chaque été, en plein cœur du mois de juillet pendant huit jours, plus de 90 000 personnes convergent vers Roberval et les alentours pour cette course mythique en eau libre et pour l’ensemble des activités culturelles qui l’entourent. Dans tout cela, il y a plusieurs activités gratuites et, cerise sur le gâteau, le traditionnel souper dans les rues de Roberval qui attire, à lui seul, pas moins de 10 000 personnes année après année. Un rassemblement populaire et sportif qui se démarque par sa longévité et son ancrage dans le territoire et la tradition.
Un engagement en développement durable
Cela dit, aujourd’hui on veut vous parler du parcours impressionnant de la Traversée en développement durable. Actuellement, parler de développement durable et d’écoresponsabilité dans l’événementiel c’est bien sûr être dans l’air du temps. Mais pour la Traversée, les changements apportés ne relèvent pas d’une mode passagère. Dès 2009, l’organisation posait déjà des gestes concrets en la matière.

« Notre démarche en développement durable a d’abord commencé avec le souper dans les rues. C’est là où l’impact était le plus important, nous explique Éric Gauthier, le directeur général de la Traversée internationale du lac St-Jean. Déjà à cette époque, on a mis en place une brigade verte pour faire le tri des matières résiduelles et on a commencé à faire de la sensibilisation sur certains enjeux environnementaux auprès de la population et des restaurateurs. On s’entend que la population en général n’était pas aussi sensibilisée qu’aujourd’hui à la gestion responsable des matières résiduelles. »
Il va sans dire que la Traversée ne comptait pas en rester là. Cette première étape n’était que le point de départ d’une approche qui, au fil des ans, s’est structurée et élargie à l’ensemble des activités de l’événement. Faisons le tour.
On le sait dans l’événementiel, la publicité, l’impression et l’affichage est souvent synonyme de gaspillage et de déchets. À l’instar de plusieurs manifestations de ce genre, la Traversée a rompu graduellement avec le matériel publicitaire éphémère, comme nous l’explique Éric Gauthier :
« On privilégie maintenant du matériel réutilisable, sans date, et on a fait un important virage vers le numérique, notamment pour les passeports, la billetterie et les accréditations. Ce qui veut dire moins de papier et moins de plastique. L’objectif, c’est d’allonger la durée de vie de ce qu’on utilise. »
Bien sûr, on n’a pas éliminé tout le papier ; une partie de la population est très attachée au tangible, au palpable, mais pour ce qui reste les quantités sont réduites de façon significative.
Pas besoin de rappeler que la question du transport est une source importante d’émission de GES dans ces grands rassemblements. Durant les journées les plus achalandées, l’organisation a mis en place une série de mesures pour en atténuer les effets néfastes.
« Par exemple, nous dit Éric Gauthier, on a un service de navettes qui relie les différents secteurs de Roberval aux sites des festivités, tant pour les citoyens que pour les spectateurs. Même les nageurs et leurs accompagnateurs profitent de ces navettes pour les amener de l’aéroport jusqu’à Roberval (NDLR : Rappelons que la vingtaine de nageurs qui participent à la compétition viennent des quatre coins du monde). On les transporte également de leurs familles d’accueil au site de compétition ou ailleurs durant tout leur séjour. »
De plus, un parc à vélos sécurisé et gratuit est aussi offert à la population. Éric Gauthier souligne que la proximité de la Véloroute des Bleuets encourage l’usage du vélo pour se rendre aux festivités de la Traversée. D’ailleurs les organisateurs remarquent que ce moyen de déplacement gagne de plus en plus d’adeptes.
L’approvisionnement local et les liens avec la communauté
Rappelons que l’organisation compte de très nombreux partenaires locaux et régionaux, alors on imagine facilement que l’approvisionnement de proximité est privilégié. Mieux que cela, c’est une règle. Si ça vient de l’extérieur, c’est que l’on ne peut faire autrement. On pense ici autant à ce qui est bu et mangé durant les festivités qu’à l’équipement nécessaire à l’aménagement des sites : tables, chaises, remorques, chapiteaux et autres installations.
Mais le plus beau dans tout cela, c’est que tout ce matériel ne sert en principe que quelques jours par année. Voilà pourquoi la direction de la Traversée s’est assurée d’en maximiser l’usage. Comprenez ici que cet équipement est prêté gratuitement le reste du temps à des organismes communautaires, des clubs sportifs, et à d’autres événements dans la région.
Cette logique de partage est un bel exemple d’économie circulaire chère à l’organisation et contribue également à resserrer les liens qu’elle souhaite entretenir avec la communauté. Il y a d’autres exemples de cela. Éric Gauthier nous explique que :
« Pendant la Traversée, on confie aussi la gestion de certains bars à des organismes, qui conservent les pourboires. On offre aussi du temps et de l’espace à d’autres organismes à caractère social pour faire connaître leurs actions auprès des visiteurs. C’est notre façon de redonner à la collectivité. »
On le sait, la Traversée internationale du lac St-Jean avec ses milliers de visiteurs, son rayonnement à l’étranger, ses partenaires financiers et ses retombées économiques importantes pour ce coin du Lac-Saint-Jean, c’est gros, très gros. Mais il y a autre chose de très gros dans cet événement qui ne s’achète pas, mais qui vaut de l’or. Ce sont les 350 bénévoles et plus qui donnent de leur temps pour la réussite de ce grand rassemblement populaire. Certains d’entre eux sont engagés dans cette aventure depuis 20, 30 et même 40 ans.
A-t-on besoin de démonter ici à quel point le travail de ces centaines de bénévoles est essentiel à la pérennité d’un tel événement ? Voire un moteur essentiel ? L’implication de la communauté crée chez eux un sentiment d’appartenance et même d’inclusion, sans compter qu’il permet à plusieurs bénévoles d’acquérir des compétences qu’ils ne pourraient développer autrement.
« Ils ont une valeur inestimable pour nous, de dire Éric Gauthier. Imaginez ce que cela représenterait en salaire si on devait les payer. Et ils ont une réelle expertise, ils connaissent la Traversée. »
En échange, la Traversée leur offre certaines gratuités et un accès privilégié à quelques sites.
Ces liens étroits que l’organisation entretient avec le milieu ont d’ailleurs été récompensés il y a quelques années, alors que la Traversée internationale du lac St-Jean a obtenu le Prix Vivats Engagement socio-économique de la part du Conseil québécois des événements écoresponsables.
L’effet d’entraînement
On peut facilement imaginer que leurs pratiques trouvent écho auprès de leurs partenaires et de leurs fournisseurs. L’effet d’entraînement est bien réel confirme Éric Gauthier :
« Nos partenaires et fournisseurs, que ce soient des PME ou qu’ils soient de plus grande envergure, adhèrent largement à cette vision. D’autant plus qu’eux comme nous ont doit rendre des comptes à des bailleurs de fonds ou au ministère du Tourisme par exemple. Et on ne voit pas cela comme des exigences, ce sont des valeurs auxquelles on croit profondément. »
De nombreux visiteurs et touristes sont sensibles aux événements qui adoptent des pratiques écoresponsables. Pour plusieurs, le choix d’une destination passe désormais par des considérations environnementales, sociales et de bonne gouvernance (ESG).
En conclusion, quand on demande à Éric Gauthier ce qu’il pense de ces préoccupations et de l’intérêt qu’on porte maintenant au développement durable, il répond :
« Ça dépasse mon opinion personnelle. Moi comme bien d’autres, on s’inscrit dans un mouvement de société. On n’a plus le choix, on doit penser à demain, penser à l’environnement, à la planète, aux générations qui vont suivre. Et une organisation qui va à l’encontre de cela met en péril sa pérennité. »
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Par Errol Duchaine, conseiller en communication au CQDD